France : la concurrence transforme l’offre des chaînes d’information en continu
Lancement de JT sur BFMTV et sur Novo19, JT rallongés sur BFMTV et France 2, incarnations fortes, concurrence entre formats, priorité au terrain ou au talk, à l’opinion ou aux débats raisonnés, nouvelles matinales… les initiatives se multiplient du côté des chaînes d’information en continu, réunies dans un même bloc de numérotation, mais aussi sur les chaînes « historiques ».
Annoncée par l’Arcom le 13 janvier 2025, la nouvelle numérotation des chaînes de la TNT a créé un bloc de chaînes d’information en continu (voir La rem n°72, p.53) depuis le 6 juin 2025. Pour l’information télévisée, il s’agit d’un changement majeur dans l’offre jusqu’ici divisée entre, d’un côté, ceux qui ont parié d’emblée sur la TNT – avec BFMTV et i-Télé, présentes sur l’offre numérique en clair dès 2005 – et, de l’autre, LCI et Franceinfo arrivées bien plus tard sur la TNT, en 2016. Jusqu’au 6 juin 2025, les deux premières disposaient seules d’audiences significatives, bénéficiant d’une numérotation favorable (canal 15 et 16) et de leur ancienneté sur la TNT, alors que les deux dernières étaient reléguées en fin de numérotation, en vertu du principe du « dernier arrivé, dernier servi », soit les canaux 26 et 27.
2005-2025 : vingt ans d’information en continu sur la TNT, avec une offre séparée en deux blocs et des critiques récurrentes, contre BFMTV puis contre CNews
En 2005, le groupe TF1, éditeur de LCI, ne croyait pas au succès de l’information en continu sur la télévision en clair et n’avait pas parié sur la TNT. BFMTV a ensuite fait la preuve de la pertinence d’une offre d’information en clair et en continu auprès d’un public élargi. La chaîne, qui propose une couverture de l’actualité au plus près du terrain, sur le modèle américain de CNN, s’est ainsi imposée comme l’écran incontournable pour chaque grand évènement, avec des pics d’audience lors des circonstances majeures, comme les attentats de 2015. Pour rattraper cette erreur historique, LCI a été basculée en clair sur la TNT, mais tardivement, et elle a dû concevoir une ligne éditoriale qui complète celle des offres déjà bien installées, notamment en misant sur l’actualité internationale, ce qui n’est pas le domaine le plus fédérateur.
La domination de BFMTV sur l’information télévisée en continu a, par ailleurs, fait de cette chaîne, lors des dix premières années de la TNT, une cible pour tous ceux qui s’inquiètent du pouvoir des médias et de leur capacité à contrôler l’agenda public et politique. La création en 2016 de Franceinfo répond, en partie, à cette inquiétude, en faisant émerger une offre d’information en continu prise en charge par l’audiovisuel public. Franceinfo revendique encore aujourd’hui ce statut d’information de média audiovisuel public, gage d’une certaine exigence en termes de pluralisme, de neutralité et d’impartialité – un argumentaire qui l’oppose désormais à l’offre de CNews plutôt qu’à celle de BFMTV. Cette posture de Franceinfo, plus généralement celle du groupe France Télévisions, ne manque pourtant pas de susciter les critiques, parce qu’elle insinue que la « bonne » information se trouve, en fait, sur les médias audiovisuels publics.
C’est que le discours de dénonciation de l’information en continu à la télévision va vite évoluer après 2016, oubliant BFMTV pour se concentrer sur une autre chaîne repoussoir : CNews, le nouveau nom donné à i-Télé à partir de 2017. L’offre éditoriale de CNews se caractérise par un traitement de l’actualité a minima, au profit d’un large temps d’antenne dédié au débat et à l’analyse, sur des plateaux qui donnent une belle exposition à de nombreux experts, chroniqueurs, éditorialistes ou journalistes proches des idées les plus à droite. Ce constat est celui tacitement établi par le Conseil d’État lorsqu’il a demandé à l’Arcom, dans sa décision du 13 février 2024, de redéfinir les modalités de vérification du pluralisme à l’antenne (voir La rem n°68, p.31).
Ces grandes dates de l’information en continu sur la TNT en clair permettent d’en dresser le panorama avant la réunion de toutes les chaînes sur un même bloc de numérotation depuis le 6 juin 2025. D’un côté, deux chaînes puissantes : BFMTV et CNews. La première s’appuie sur l’actualité la plus chaude et sur le terrain (avec ses « breaking news »), la seconde privilégie le débat avec une ligne éditoriale qui favorise un cadrage de l’actualité proche des thèmes de la droite radicale – toutes les deux sont présentes sur la TNT en clair depuis vingt ans. De l’autre, deux chaînes reléguées en fin de numérotation, avec des audiences faibles et une programmation difficile : LCI et Franceinfo.
LCI a une stratégie de contre-programmation. Arrivée tard sur la TNT en clair, la chaîne a parié sur l’actualité internationale quand la quête d’audience devait conduire à privilégier le principe de proximité (règle du mort-kilomètre en journalisme), un créneau où BFMTV règne en maître. Quant à Franceinfo, sa ligne éditoriale n’est pas précisément marquée, parce que l’offre est très généraliste et parce qu’elle est couplée à un site web beaucoup plus performant que la chaîne. Mais Franceinfo se distingue quand elle revendique son appartenance à l’audiovisuel public, son exigence de neutralité et son impartialité, face à des offres privées parfois critiquées.
6 juin 2025 : un même bloc de fréquences pour les chaînes d’information en continu qui s’avère bénéfique en termes d’audience
Le regroupement des quatre chaînes d’information en continu dans un bloc unique mieux placé dans la numérotation a eu évidemment des conséquences. En favorisant le « zapping » entre chaînes proches par la numérotation, il a permis à LCI et à Franceinfo de faire découvrir leur offre à des publics jusque-là habitués aux seuls canaux 15 et 16. Ce faisant, ce regroupement des chaînes a entraîné un repositionnement stratégique de LCI, qui tente désormais d’élargir sa couverture de l’actualité pour attirer une audience moins friande d’actualité internationale (LCI a proposé, entre 2012 et 2014, une programmation presque obsessionnelle sur la guerre en Ukraine). Il a aussi amené les leaders, BFMTV et CNews, à mieux se défendre pour conserver leur part d’audience. La concurrence fait ainsi émerger quatre profils de chaînes d’information en continu, avec des lignes éditoriales différentes et des choix de formats souvent opposés.
Franceinfo est la chaîne qui a le moins profité du regroupement, alors qu’elle gagnait automatiquement en visibilité. Cette moindre performance peut s’expliquer par le fait que la chaîne est généraliste, d’où la lisibilité difficile de son offre éditoriale, mais aussi parce que l’incarnation de l’information dans l’audiovisuel public se joue ailleurs, notamment sur la présentation du journal télévisé du soir de France 2. Pour couvrir un grand nombre de sujets (ce qu’il faut entendre par « généraliste ») et marquer ainsi sa différence, Franceinfo propose depuis la rentrée 2025 un JT toutes les heures et un rappel de l’actualité toutes les demi-heures. Ce choix rapproche son offre de celle de BFMTV, sans surprise d’ailleurs, car elle a les mêmes atouts : une rédaction très étoffée. LCI conserve son tropisme international, avec une offre en plateau importante, mais sans débats trop tranchés, avec peu de place donnée aux opinions. Cette offre est désormais complétée par des sujets liés à une actualité plus proche du quotidien des Français : la politique et l’économie. BFMTV conserve sa couverture de terrain, qu’elle renforce en partie avec l’hyperproximité grâce à ses neuf chaînes locales. Enfin, CNews conserve elle aussi sa ligne éditoriale, qui repose sur le débat, le conflit des opinions, avec à la manœuvre des animateurs-présentateurs-journalistes chargés d’organiser la discussion. Autant dire que CNews est une chaîne qui parie sur l’incarnation de ses antennes et sur la conflictualité propre au débat d’opinion.
Cette nouvelle offre, dans la numérotation et dans les choix éditoriaux, a eu un premier effet bénéfique. L’audience globale des chaînes d’information est tirée vers le haut depuis le 6 juin 2025. Dans l’ancien plan de numérotation, l’information en continu représentait 8,9 % de l’audience de la TNT en mai 2025, quand elle représentait déjà 9,8 % fin juin 2025, avant même le lancement des grilles de rentrée et le retour à l’antenne des grandes figures des chaînes, mais dans une période portée par une très forte actualité (avec, notamment, la guerre en Iran). La chaîne qui a le plus bénéficié du nouveau plan de numérotation est, à l’évidence, LCI. Quand elle était reléguée en fin de numérotation, LCI avait une audience deux fois inférieure à celle de CNews. Elle fait désormais partie d’un trio de chaînes leaders. Ses audiences ont presque rattrapé celles de BFMTV et l’écart avec CNews a diminué. Selon Médiamétrie, en juin 2025, un mois après la nouvelle numérotation, et avant la pause estivale, LCI avait une audience de 2,4 %, contre 1,7 % de part d’audience en 2024, dernière année complète avant le changement de numérotation. En audience cumulée – c’est-à-dire en nombre de téléspectateurs touchés plutôt qu’en temps passé à regarder la chaîne –, LCI attirait 6 millions de téléspectateurs chaque jour avant le 6 juin, contre 9 millions pour CNews et 12 millions pour BFMTV. En juin 2025, LCI avait une audience cumulée de 8,4 millions de téléspectateurs, soit une hausse de 40 % depuis le changement de numérotation. LCI rejoint BFMTV quant à sa part d’audience (2,4 % contre 2,9 % en juin 2025) et elle se rapproche très fortement de CNews pour l’audience cumulée. En effet, CNews a moins gagné de téléspectateurs, passant de 8,5 à 9 millions avant et après le changement de numérotation, que ne l’ont fait ses concurrents. LCI est même parvenu, le 18 août 2025, à s’imposer comme la première des chaînes d’information sur une journée, avec 3,6 % de part d’audience, grâce à la couverture de la rencontre entre Donald Trump et les dirigeants européens. Passé l’effet de curiosité, les audiences se sont tassées et LCI plafonne à 2 % en décembre 2025 avec 0,3 % de part d’audience gagnée en un an.
BFMTV semble finalement la plus menacée, mais elle avait le plus à perdre et elle n’a pas cédé. En effet, c’est elle qui avait imposé son style et son rythme à l’information en continu de 2005 à 2015. L’arrivée de LCI et de Franceinfo en 2016, puis la transformation d’i-Télé en CNews en 2017 vont progressivement changer la donne. LCI va faire la preuve qu’une autre offre éditoriale est possible, avec des plateaux et des débats structurés, reprenant en quelque sorte le modèle d’une émission comme « C dans l’air » sur l’audiovisuel public (France 5). Mais LCI restait loin dans la numérotation. En pariant elle aussi sur les plateaux, mais avec des choix de sujets et un cadrage beaucoup plus engagé, CNews va rencontrer les faveurs d’un large public, parce qu’elle fera entendre des voix différentes et portera des questionnements peu développés ailleurs, notamment sur l’insécurité, l’immigration, l’islam, désormais sur l’antisémitisme. Cet avantage de CNews est aussi son point faible : elle lui a permis de récupérer une audience lasse d’une information jugée trop consensuelle sur les autres chaînes, mais elle aura de plus en plus de mal à élargir son public, car ses fidèles sont déjà au rendez-vous et ses opposants assez nombreux. C’est ce qui explique pourquoi CNews a pu rattraper et dépasser BFMTV dès 2024 en part d’audience, grâce à son public fidèle ; elle reste cependant largement distancée sur l’audience cumulée, BFMTV attirant bien plus de téléspectateurs, mais moins longtemps, car elle est regardée d’abord pour s’informer en temps réel. C’est cet avantage-là que la nouvelle numérotation pouvait enlever à BFMTV en incitant ses téléspectateurs à aller picorer sur les deux autres chaînes, LCI et surtout Franceinfo. Il n’en a rien été.
Depuis le 6 juin 2025, BFMTV est la seule chaîne à ne pas avoir vu sa part d’audience augmenter, qui stagne à 2,9 % sur le mois. Son public était déjà habitué à la chaîne, constitué depuis longtemps, et la nouvelle numérotation était un handicap, puisque BFMTV a dû changer de numéro, passant du canal 15 au canal 13, tout en affrontant une concurrence nouvelle. BFMTV conservait toutefois la première place des chaînes d’information dans le bloc de numérotation. Outre l’effet de la nouvelle numérotation, BFMTV sortait alors d’une longue période de transition qui, du rachat par CMA CGM le 2 juillet 2024 (voir La rem n°69-70, p.60), avait conduit à la mise en œuvre de la clause de cession, fermée le 1er juin 2025, et à une vague de départs inévitable dans ces situations. Conserver sa part d’audience était donc une gageure. Mais BFMTV a profité du nouveau dynamisme de l’information en continu à la télévision, puisqu’elle est parvenue à renforcer sa part d’audience sur la cible la plus prisée des annonceurs, les 25-49 ans (l’ex-« ménagère de moins de 50 ans »), à 3,6 %. À l’inverse, le public de CNews, plus fidèle, est bien plus âgé. Logiquement, BFMTV conserve la place de leader en audience cumulée avec ses 12 millions de téléspectateurs. Sur l’année 2025, cette différence se constate de nouveau. Selon Médiamétrie, l’audience de BFMTV en 2025 est à 2,7 % et celle de CNews à 3,4 %, alors que les chaînes étaient à égalité en 2024, à 2,9 % de part d’audience chacune. En revanche, fin décembre 2025, BFMTV conserve son avantage sur le nombre de téléspectateurs, avec 45 millions de téléspectateurs contre 39 millions pour CNews.
CNews a bénéficié, elle aussi, de la nouvelle numérotation avec un gain de 0,2 point de part d’audience fin juin 2025 – à 3,6 %. CNews s’impose donc comme la chaîne leader de l’information en continu sur l’audience grâce à ses incarnations très fortes et à sa ligne éditoriale. Mais les performances de CNews peuvent se lire également à travers le prisme d’une certaine normalisation. En effet, si l’audience est tirée en juin par « L’heure des pro 2 », présentée par la star de la chaîne, Pascal Praud, elle est tirée aussi par le succès du « Grand Rendez-vous », une émission proposée le dimanche, le week-end n’ayant pas jusqu’ici été le point fort de la chaîne, preuve donc d’une meilleure acceptation de son offre. Cette tendance s’est confirmée à la rentrée 2025, puisque CNews s’est arrogé 3,9 % de part d’audience en septembre 2025, portée par la très riche actualité politique et par son conflit avec l’audiovisuel public dans le cadre de la séquence filmée, à leur insu, des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen s’entretenant avec deux responsables du Parti socialiste dans un restaurant parisien. Ce faisant, CNews est devenue la première chaîne de la TNT à la rentrée 2025, devant les mini-généralistes W9 et TMC. Avec 3,4 % d’audience sur l’année 2025, elle devance Arte (3,1 %) et talonne France 5 (3,5 %). CNews est donc la sixième chaîne la plus regardée de France, et elle a définitivement distancé BFMTV en part d’audience.
Quant à Franceinfo, elle peut espérer transformer l’effet de découverte permis par la nouvelle numérotation en moyen de fidéliser à terme un nouveau public. Alors que la chaîne ne représentait que 0,8 % de l’audience de la TNT en 2024 et 5 millions de téléspectateurs en audience cumulée, elle a franchi pour la première fois le palier symbolique du 1 % de part de marché fin juin 2025 (1,1 %), mais elle est redescendue en décembre 2025 à 0,9 % de part d’audience, soit un gain de 0,1 % de part d’audience en un an.
Des conséquences aussi sur les autres chaînes, avec une concurrence renforcée sur les rendez-vous dédiés à l’information
Cette nouvelle concurrence ne se joue pas seulement entre chaînes d’information en continu au sein d’un bloc unique dans la numérotation de la TNT. L’information à la télévision devient un produit de plus en plus stratégique pour la plupart des chaînes. En effet, l’attrait des séries et plus généralement des programmes de stock diminue à mesure que la consommation des offres de vidéo à la demande se banalise. Les programmes de flux deviennent donc essentiels, en particulier l’information qui permet d’incarner une chaîne et qui suscite de plus en plus l’intérêt des publics. Au panorama déjà bien large de chaînes d’information en continu (canaux 13 à 16), auquel on peut même ajouter LCP/Public Sénat sur le canal 8, se présente ainsi une offre de plus en plus grande de journaux télévisés sur les autres chaînes. Les JT font, en effet, l’objet de toutes les attentions.
Si TF1 domine sur ce segment de l’offre depuis toujours, avec France 2 en outsider, le format des JT a fortement évolué depuis l’arrivée de l’information en continu sur la TNT en 2005. Quand BFMTV a proposé des mini-JT tout au long de la journée, avec un rappel des titres en quelques minutes, le format JT s’est métamorphosé afin d’apporter un autre éclairage sur l’information, plus expert, notamment avec des intervenants en plateau plus nombreux, avec des infographies, avec aussi des sujets plus longs, l’idée étant d’approfondir l’événement plutôt que de l’annoncer. Cette tendance a conduit France 2 à faire un pari audacieux en prolongeant la durée de son JT à partir du 9 septembre 2024. Diffusé de 20 heures à 21 heures, le JT n’aborde pas plus de sujets (une douzaine), mais les approfondit davantage, anticipant un besoin de contextualisation et d’analyse de la part des publics à l’heure où l’information est disponible partout, mais vite remplacée, une nouvelle chassant l’autre. Avec cette transformation du JT de France 2, la chaîne a proposé en 2024-2025 quelque six heures d’information quotidienne, soit un quart du temps d’antenne, ce qui atteste de la place centrale prise par l’information dans les stratégies de programmation. Les audiences n’ont pas suivi et l’écart avec TF1 s’est même creusé, ce qui peut expliquer en partie le renvoi de sa présentatrice Anne-Sophie Lapix, et son remplacement par Léa Salamé à la rentrée 2025.
La même tendance se constate aussi sur M6, historiquement en retrait par rapport aux JT nationaux de TF1 et de France 2, et aux JT régionaux de France 3. Alors que la chaîne avait parié sur le format court avec le lancement du « 6 minutes » en 1987, elle a augmenté progressivement le temps d’antenne consacré à l’information. En 2009, elle proposait un JT rallongé à 19 h 45 (24 minutes), avant de le prolonger encore au printemps 2024 de dix nouvelles minutes, pour réaliser désormais un JT de 34 minutes, dans un format très proche des JT de TF1 et de France 2. Et les chaînes généralistes ne sont pas les seules concernées. La nouvelle chaîne Novo19 a, elle aussi, lancé son JT en septembre 2025. Baptisé « On a de l’info » et réalisé depuis Rennes, il est programmé à 18 h 10 et couvre en priorité les « territoires », mot politiquement correct pour parler de la province par opposition à l’actualité des centres de pouvoir parisiens. Enfin, pour se relancer face à CNews, mais aussi pour endosser les attributs de respectabilité associés aux JT des grandes chaînes nationales, BFMTV a lancé son propre JT « long » en janvier 2025, présenté par Maxime Switek, d’une durée de deux heures, de 20 heures à 22 heures. L’objectif est de mettre en valeur le travail effectué par les reporters du groupe, présents sur le terrain, quand CNews développe d’abord les formats de type talk. Trois mois plus tôt, le groupe avait déjà lancé BFM2, une chaîne en ligne, pour compléter l’offre de la chaîne diffusée sur la TNT, avec des reportages inédits.
En pariant sur la tranche horaire 20-22 heures, BFMTV vient concurrencer directement les chaînes nationales. En effet, les chaînes d’information en continu sont puissantes en début de journée, et rarement après 20 heures. Il s’agit peut-être d’une réponse aux mouvements stratégiques opérés par TF1 qui, pour renforcer ses audiences en journée, a investi l’information matinale avec « Bonjour ! », une émission présentée par Bruce Toussaint, en lieu et place des dessins animés. Avec « Bonjour ! », TF1 s’est positionné face à « Télématin » sur France 2, leader sur cette case horaire, suivi des émissions de début de journée de BFMTV (le « 9-10 » avec Apolline de Malherbe et, à l’époque, Maxime Switek), et de CNews (« L’heure des pros », de 9 heures à 10 heures). Le succès de « Bonjour ! » (avec un pic de 12,5 % de part d’audience en octobre 2025) a conduit TF1 à augmenter la durée de sa matinale dès janvier 2026, laquelle absorbe ainsi le téléshopping pour proposer finalement quatre heures de direct mêlant talk et information. À l’évidence, les choix de BFMTV comme ceux de TF1 attestent d’une concurrence qui ne concerne plus seulement les chaînes tout-info entre elles, mais aussi les chaînes historiques sur le marché de la TNT.
Sources :
- Loignon Stéphane, « La matinale de TF1 fait son retour avec des objectifs rehaussés », Les Échos, 20 août 2024.
- Sallé Caroline, « Le «20 Heures» de France 2 fait sa révolution », Le Figaro, 5 septembre 2024.
- Benedetti Valentini Fabio, « Les numéros des chaînes de télévision pourraient bientôt changer », Les Échos, 2 octobre 2024.
- Loignon Stéphane, « Bousculé par CNews, BFMTV lance une nouvelle chaîne d’info », Les Échos, 2 octobre 2024.
- Sallé Caroline, « Sur M6 et RTL, l’information est populaire, mais pas populiste », Le Figaro, 18 novembre 2024.
- Benedetti Valentini Fabio, « Bousculé par CNews, BFMTV se lance sur le créneau des JT de 20 heures », Les Échos, 4 décembre 2024.
- Sallé Caroline, « Devancée par CNews, BFMTV change sa grille », Le Figaro, 4 décembre 2024.
- « “CNews creuse l’écart avec BFMTV, ce qui laisse espérer de belles choses pour la suite” », interview de Serge Nedjar, directeur général de CNews, par Caroline Sallé, Le Figaro, 18 février 2025.
- Benedetti Valentini Fabio, « Franceinfo se relance avec le changement de numérotation sur la TNT », Les Échos, 27 mai 2025.
- Benedetti Valentini Fabio, « Les enjeux de la nouvelle numérotation des chaînes de la TNT », Les Échos, 6 juin 2025.
- Sallé Caroline, « CNews, leader des chaînes d’info sur l’ensemble de la saison », Le Figaro, 1er juillet 2025.
- Vairet Florent, Benedetti Valentini Fabio, « CNews et LCI, grandes gagnantes de la nouvelle numérotation des chaînes d’info », Les Échos, 1er juillet 2025.
- Woitier Chloé, « BFMTV change de têtes et de décors pour affronter CNews », Le Figaro, 18 juillet 2025.
- Vairet Florent, « La bataille des chaînes d’information est relancée », Les Échos, 25 août 2025.
- Sallé Caroline, « Serge Nedjar : “CNews bouscule l’hégémonie de certains médias” », Le Figaro, 30 septembre 2025.
- « Qui va gagner la guerre de l’opinion ? », dossier, Marianne, 30 octobre 2025.
- Sallé Caroline, « Le groupe TF1 s’allie avec l’influenceur Gaspard G pour des podcasts vidéo », Le Figaro, 27 novembre 2025.
- Girgis Dahlia, « Audience TV : baisse de la part d’audience des chaînes d’info en continu », cbnews.fr, 1er décembre 2025.
- Mediamat annuel 2025, communiqué de presse Médiamétrie, 29 décembre 2025.
- Ruhlmann Amélie, « CNews sacré leader des chaînes d’information en 2025 », Le Figaro, 30 décembre 2025.
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