Amazon s’empare de Globalstar pour mieux concurrencer Starlink
Si Globalstar ne règle pas tous les problèmes d’Amazon dans l’internet spatial, il lui assure l’accès à une clientèle grâce à son partenariat avec Apple. Il lui permet également de lancer son activité commerciale par satellite, en attendant que la constellation Leo soit vraiment opérationnelle.
Les projets de constellations de satellites sont nombreux, mais rares sont ceux qui atteignent une taille critique et finissent par s’imposer. En Europe, OneWeb a été racheté par Eutelsat, qui doit déjà renouveler une grande partie de ses satellites et qui se concentre, pour l’instant, sur des applications en direction des entreprises et des gouvernements. Ce sera également la mission première d’Iris2, la constellation d’internet par satellite dont l’Europe a souhaité se doter (voir La rem n°75, p.43). Aux États-Unis, l’internet spatial a suscité l’intérêt de tous les Gafam. Google avait son projet Loon de ballons connectés, arrêté en 2021. Facebook a tenté, de la même façon, de raccorder les milliards d’humains qui, dans les années 2010, n’avaient pas encore accès à l’internet, avant que l’internet mobile se banalise définitivement. Mais, à la fin, il n’en reste plus que deux, américains.
Le premier acteur de l’internet spatial, le seul, à vrai dire, à être véritablement opérationnel à grande échelle, et qui propose ses services au grand public, est Starlink d’Elon Musk. Cet opérateur a un immense avantage, à savoir être une filiale de SpaceX qui prend en charge à un coût ultracompétitif le lancement de ses satellites. Avec ses fusées réutilisables, SpaceX a éloigné la concurrence sur le marché de l’internet par satellite : en avril 2026, Starlink totalisait 8 500 satellites actifs dont 650 satellites Starlink Mini V2 dédiés au direct to cell ou direct to device (D2D), l’internet mobile par satellite, sans repasser au sol par les fréquences des opérateurs. Pour développer le D2D, il faut toutefois disposer de fréquences spécifiques, auxquelles Starlink s’est ménagé un accès garanti en annonçant, le 8 septembre 2025, racheter celles détenues par EchoStar pour 17 milliards de dollars (voir La rem n°76, p.58). S’ajoutent au réseau de satellites Starlink et aux fréquences d’EchoStar des partenariats avec vingt-sept opérateurs de téléphonie mobile dans le monde, ce qui permet à Starlink d’assurer le service de direct to cell de leurs clients dans les zones blanches. Aujourd’hui, Starlink a donc une offre mondiale de connectivité depuis l’espace (l’internet par satellite, reçu depuis un point fixe avec une antenne Starlink, avec 9 millions de clients dans le monde) et une offre d’internet mobile en 5G satellitaire déjà bien déployée.
Le seul compétiteur potentiel de Starlink est le projet de constellation concurrente porté par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui reproduit avec retard la stratégie d’Elon Musk en associant le développement d’un lanceur à la mise en orbite d’une constellation de satellites. À l’origine baptisée Kuiper, la constellation de satellites d’Amazon a été renommée Leo pour le lancement de ses premiers services, auprès de clients testeurs, en avril 2025. Amazon a, effectivement, pris un retard important dans le déploiement de sa constellation, faute de lanceurs rapidement disponibles. Or, il s’est engagé auprès de la Federal Communications Commission (la FCC, le régulateur américain des communications) à avoir lancé 1 600 satellites en juillet 2026, avant d’atteindre un total de 7 700 satellites. Cependant, en avril 2026, Amazon Leo ne disposait que d’un peu plus de 200 satellites et espère en avoir 700 dans l’espace en milieu d’année, ce qui l’a conduit à demander un report à la FCC. Amazon dépend, en effet, encore des lanceurs disponibles sur le marché pour lancer ses satellites, car son lanceur maison n’est pas tout à fait opérationnel. Il a confié une partie de ses satellites à Ariane 6, mais aussi à SpaceX, qui contrôle son concurrent direct.
Amazon accuse donc un retard significatif face à la constellation d’Elon Musk, qui engrange déjà des clients, qui est bien établie dans l’internet spatial fixe et qui se développe depuis un an dans l’internet spatial mobile. Pour éviter d’être définitivement dépassé, Amazon a choisi de se renforcer dans l’internet mobile par satellite en s’emparant de l’un de ses pionniers, le groupe américain Globalstar.
Fondé en 1991, Globalstar est un opérateur de constellation de satellites en basse orbite, mais pas comme Starlink ou Leo qui sont au plus près de la Terre, entre 400 et 550 kilomètres. Globalstar dispose de 24 satellites dans le haut de l’orbite basse, à 1 400 kilomètres de la Terre, ce qui lui permet de couvrir en permanence le continent nord-américain, donc les États-Unis et le Canada. C’est la raison pour laquelle Globalstar est devenu le partenaire privilégié d’Apple quand ce dernier a lancé en 2022 les SMS d’urgence en zone blanche aux États-Unis. Pour sécuriser son offre et son partenariat, Apple a pris 20 % du capital de Globalstar en 2024 pour 1,5 milliard de dollars. Globalstar avait besoin de ces fonds pour étoffer sa constellation et continuer à servir les besoins d’Apple, son principal client. Mais, avec l’internet mobile par satellite, les satellites de Globalstar ne suffisent plus. Trop loin de la Terre, ils peuvent gérer des SMS d’urgence, mais pas utiliser des applications, leur temps de latence étant trop élevé. Et Globalstar n’a pas les moyens de lancer une constellation en orbite basse à seulement 400 kilomètres de la Terre. L’opération de relance de 2024 grâce aux fonds apportés par Apple n’a donc fait que retarder d’un an l’inéluctable. Globalstar a dû se résoudre à chercher un partenaire pour y associer son offre et élargir la gamme de services proposés, ce qui s’est réalisé grâce au rachat par Amazon. À vrai dire, Amazon ne convoitait pas les 24 satellites de Globalstar, mais d’abord ses fréquences et ses clients (800 000 abonnés), et le partenariat avec Apple, qui a fait partie des négociations. En effet, il y a plus de 1 milliard d’utilisateurs d’iPhone et de montres connectées Apple dans le monde. Amazon se donne donc les moyens de disposer rapidement d’une clientèle importante pour Leo et, en même temps, l’opération rassure Apple sur le devenir de son contrat avec Globalstar en termes d’offre de services.
Annoncé le 14 avril 2026, le rachat de Globalstar pour 11,6 milliards de dollars ne règle pas tous les problèmes d’Amazon. Certes, Amazon récupère des fréquences en bande L et S, celles qui permettent de faire du direct to device. Les fréquences détenues par Globalstar ont toutefois une largeur de spectre quatre fois moins importante que celles détenues par EchoStar et rachetées par Starlink (ce sont les mêmes fréquences, dans la bande des 2 GHz, mais avec quatre fois moins de disponibilité). Elles proposent donc de la voix, des SMS et des MMS, mais pas de l’internet pour tous les services. Amazon a, dès lors, indiqué, à l’occasion du rachat, que Leo lancera son propre réseau de D2D dès 2028, avec ses propres satellites, sur lesquels les clients de Globalstar pourront migrer et que les utilisateurs d’iPhone et Apple Watch dans le monde pourront rejoindre. Le premier problème d’Amazon reste donc la mise en orbite effective des satellites de la constellation Leo. Mais Globalstar est un pari sur l’avenir. L’opération permet à Amazon de commencer à proposer des services pour accélérer ensuite, quand Leo sera totalement déployé, car Amazon pourra alors s’appuyer sur sa surface commerciale immense (il est le leader mondial de l’e-commerce) et pourra probablement développer plus rapidement que Starlink des projets de cloud spatial, en se passant définitivement des relais terrestres. Si SpaceX a les mêmes ambitions (voir supra), il n’a pas les mêmes avantages : en avance sur le spatial, il ne dispose pas de l’expertise d’Amazon dans le cloud, où le groupe fondé par Jeff Bezos est leader depuis que le marché s’est développé dans les années 2000 (Amazon Web Services – AWS – a été lancé en 2006).
Sources :
- Boitel Julien, « Amazon compte renforcer son réseau satellite grâce à Globalstar », Les Échos, 3 avril 2026.
- AFP, « Satellites de communication : Amazon accélère avec le rachat de Globalstar », 14 avril 2026.
- Pontiroli Thomas, « En rachetant Globalstar, Amazon engage le fer avec SpaceX pour le contrôle des télécoms », Les Échos, 16 avril 2026.
- Guillermard Véronique, « Internet spatial : Amazon se relance face à SpaceX », Le Figaro, 19 avril 2026.
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