Apple s’associe à Alphabet pour intégrer Gemini aux iPhone
Apple se résout à un partenariat avec Alphabet pour que Gemini offre aux utilisateurs d’iPhone une vraie expérience d’IA, mais en marque blanche. Le pari est risqué, car il permet à Gemini d’être présent désormais sur tous les smartphones, qu’ils fonctionnent avec Android ou iOS.
L’actualité de la technologie concerne OpenAI, Anthropic ou encore SpaceX, qui toutes visent la Bourse. Les keynotes d’Apple ne sont plus le lieu où sont révélés les produits qui changeront le quotidien des internautes, comme l’ont été l’iPhone (2007), l’App Store (2008), l’iPad (2010) ou, dans une moindre mesure, l’Apple Watch (2014). C’était il y a dix ans, et Apple n’a rien produit de nouveau pour célébrer les cinquante ans de l’entreprise, le 1er avril 2026. Alors que l’intelligence artificielle agite le secteur de la Tech, le groupe semble relativement absent sur ce segment d’activité. Certes, Apple est d’abord un vendeur de terminaux, mais sa stratégie d’intégration verticale l’oblige à proposer toute la gamme de services disponibles par ailleurs, même si le groupe arrive après ses concurrents. En effet, Apple n’est pas connu pour ses capacités d’innovation dans l’univers des services (voir La rem n°33, p.56). Il est, en revanche, le spécialiste de l’expérience, ce qui l’oblige à intégrer les innovations dans son écosystème dès qu’un service se transforme en must have pour les internautes. C’est désormais le cas pour l’IA embarquée dans les smartphones, dont l’usage commence à se banaliser – même si la killer application, qui renouvelle complètement les usages de ce terminal, n’est pas née.
Apple a fait de l’IA une priorité depuis longtemps. En 2010, le groupe a lancé Siri sur l’iPhone, un assistant vocal qui ne s’est jamais imposé, car ses performances étaient limitées, la technologie disponible à l’époque étant le machine learning. L’IA générative grand public, celle que ChatGPT a incarnée pour la première fois lors de sa mise à disposition en novembre 2022, a changé la donne. L’engouement fut tel (voir La rem n°55-56, p.107) qu’Apple s’est trouvé contraint de présenter à son tour une offre d’IA générative. À l’été 2024, le groupe annonce donc le lancement d’Apple Intelligence avec une approche expérientielle revendiquée : l’IA d’Apple travaillera d’abord sur les iPhone – pas dans le cloud – pour exploiter les données de ses clients et leur offrir les réponses les plus adaptées à leurs besoins. Apple s’engage à cette occasion sur la sécurité d’une telle solution pour les données personnelles des utilisateurs de ses terminaux, un argument essentiel dans son marketing depuis le lancement d’ATT (App Tracking Transparency) en 2021 (voir La rem n°61-62, p.61). Il se distingue, à ce moment-là, de l’IA générative de type ChatGPT, qui est, à l’inverse, une IA généraliste dont les réponses correspondent à ce qui est statistiquement le plus probable et sont produites depuis le cloud, pas en local.
Les premiers services d’Apple Intelligence seront proposés à l’automne 2024. En nombre limité, ils ne rencontreront pas les faveurs du public. Apple révèle à cette occasion qu’il a un train de retard dans l’IA. Même si le groupe confirme, depuis, son exceptionnelle capacité à vendre des terminaux haut de gamme à des prix très élevés auprès d’un très grand nombre de clients (20 % du parc mondial d’OS installés sur smartphone), il reste que son retard sur l’IA inquiète ses investisseurs. Ils espèrent que ce sera Apple, parce que c’est l’ADN de l’entreprise, qui inventera l’interface homme-machine de demain où l’IA sera omniprésente, comme Apple a toujours su le faire. Pour qu’il y parvienne, Apple doit maîtriser les modèles d’IA. À l’évidence, Apple a besoin de temps.
Afin d’avoir le temps nécessaire au développement de sa propre IA, Apple a donc dû se résoudre à aller chercher, auprès d’autres acteurs, la compétence qui lui manque pour faire en sorte que ses iPhone continuent d’afficher un niveau de maturité technologique attendu. Après avoir évalué les IA génératives disponibles sur le marché, Apple a finalement choisi de travailler de nouveau avec Google, mais la relation est désormais inversée. Alors que Google paye Apple pour que ce dernier installe par défaut son moteur de recherche sur les navigateurs Safari des iPhone, c’est désormais Apple qui paye Google pour que Gemini 3 renforce les performances d’Apple Intelligence et des iPhone en général. Ce partenariat a été annoncé le lundi 12 janvier 2026, mais la montée en gamme d’Apple Intelligence devrait se produire seulement à l’été 2026, le temps pour Apple d’adapter Apple Intelligence aux possibilités offertes par Gemini 3. Le choix en faveur de Google est intéressant. Certes, il y a les performances de Gemini 3. Mais un partenariat entre les deux géants peut sembler anticoncurrentiel. Gemini est déjà dans Android et disponible comme application par défaut dans les téléphones de Samsung. Avec les iPhone, Gemini s’imposerait par défaut dans la quasi-totalité des smartphones, au moins dans la quasi-totalité des smartphones haut de gamme, hors marché chinois. Apple comme Google peuvent, cependant, prendre ce risque, car ils le considèrent comme limité depuis la validation, en 2025, de leur partenariat sur les moteurs de recherche dans le procès intenté par l’antitrust américain à Google (voir La rem n°75, p.98).
Apple dispose donc de temps, désormais, pour développer son propre modèle d’IA. Les utilisateurs d’iPhone auront accès sans le savoir à Gemini 3, qui prend le relais d’Apple Intelligence, en marque blanche, le temps qu’Apple Intelligence puisse se suffire à elle-même. Ce partenariat est toutefois risqué pour Apple. S’il existe, c’est parce qu’Apple est déjà en retard dans l’IA. Or, il confère à Gemini un super-avantage, puisque Gemini va désormais accéder aux requêtes, et plus généralement aux usages de tous les utilisateurs de smartphones haut de gamme, iPhone compris. Gemini se donne donc les moyens d’une avance considérable vis-à-vis de ses concurrents du moment, OpenAI et Anthropic, et, demain, vis-à-vis d’Apple. C’est l’histoire de Plans qui est peut-être en train de se rejouer. En lançant son application de cartographie en 2012, Apple avait voulu se passer de Google Maps. Arrivé tard sur le marché, avec une application moins performante, Apple avait dû reculer et avait demandé à ses utilisateurs de renoncer à Plans et de télécharger Maps… chose qui n’a pas posé de problème, car ils étaient déjà habitués à Maps et convaincus de la qualité du service proposé. La même histoire pourrait se reproduire, quand il faudra, cette fois-ci, révéler aux utilisateurs d’iPhone le nom de l’IA en marque blanche qui leur aura apporté tant de services pendant qu’Apple travaillait à développer sa propre intelligence artificielle. Peut-être voudront-ils alors privilégier Gemini plutôt qu’utiliser Apple Intelligence, si la différence entre les deux n’est pas suffisamment significative.
Sources :
- Pontiroli Thomas, « En confiant l’IA de l’iPhone à Google, Apple espère combler son retard », Les Échos, 14 janvier 2026.
- Mediavilla Lucas, « Pourquoi Apple s’allie à Google pour améliorer son assistant Siri », Le Figaro, 14 janvier 2026.
- Boone Joséphine, « À cinquante ans, l’empire Apple face au défi vertigineux de l’IA », Les Échos, 1er avril 2026.
- Mediavilla Lucas, « De la machine à innover à la machine à cash : à 50 ans, Apple est-il toujours Apple ? », Le Figaro, 1er avril 2026.
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