NanoXplore, le spécialiste français des semi-conducteurs pour le spatial, se diversifie dans la défense

Spécialiste français des semi-conducteurs programmables pour le spatial et pionnier européen des puces durcies aux radiations, NanoXplore lève 20 millions d’euros pour accélérer sa diversification vers le secteur militaire.

Fondée en Isère en 2010 par Olivier Lepape et dirigée actuellement par son fils, Édouard Lepape, l’entreprise familiale française NanoXplore est spécialisée dans l’architecture électronique de pointe, et plus particulièrement dans les FPGA (field-programmable gate arrays) durcis aux radiations. Contrairement aux circuits intégrés standards (ASIC) dont l’architecture logique est définitivement figée lors de la phase de fabrication, le FPGA est un composant matériel reprogrammable basé sur un circuit électronique numérique, dont la spécificité est de pouvoir être reconfiguré à volonté après son déploiement. Autrement dit, un même composant peut évoluer dans le temps pour exécuter de nouvelles tâches, comme le traitement du signal, puis l’analyse d’images, puis de la cryptographie, au cours de son cycle de vie. Cette capacité de reconfiguration est cruciale pour les missions spatiales, puisqu’elle permet ainsi d’assurer la maintenance évolutive des satellites alors qu’ils gravitent en orbite. En cas d’anomalie ou de changement de mission, les ingénieurs peuvent téléverser une nouvelle configuration matérielle pour corriger des bugs ou ajouter des fonctionnalités, une opération impossible avec des puces à architecture fixe. Comme Nvidia (voir La rem n°72, p.30 et n°69-70, p.71), c’est une entreprise fabless, c’est-à-dire qu’elle dessine les plans de puces électroniques reprogrammables et elle en sous-traite la conception physique auprès de fonderies.

Parce que ces puces ont également la particularité d’être résistantes aux radiations solaires, l’entreprise, après avoir signé un premier contrat de 3 millions d’euros en 2014 avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), équipe tout à la fois les satellites des programmes européens Galileo, opérant dans le domaine de la navigation spatiale (voir La rem n°41, p.29), et Copernicus, à l’œuvre dans le domaine de l’observation de la Terre (voir La rem n°42-43, p.25). NanoXplore travaille actuellement avec une cinquantaine de clients, principalement dans le secteur de l’espace, parmi lesquels Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space et OHB, mais également le missilier MBDA. « Il existe beaucoup de sociétés qui travaillent dans les semi-conducteurs pouvant servir à la défense, mais aucune n’a un projet similaire », analyse Nicolas Berdou, directeur d’investissement du Fonds Innovation Défense de Bpifrance. « Le marché du spatial nécessite de réaliser des développements spécifiques concernant la résistance aux radiations, par exemple, sur lesquels les grands groupes ne vont pas. Les acteurs américains vont plutôt pallier cette défaillance technique en misant sur la redondance des composants. »

En novembre 2025, l’entreprise a acquis l’activité ASIC de la société iséroise Dolphin Design, spécialisée dans la conception de circuits intégrés sur mesure dans la défense, dont l’un des clients n’est autre que la Direction générale de l’armement (DGA).

NanoXplore a annoncé en décembre 2025 une levée de fonds en série A de 20 millions d’euros, dont la moitié provient de l’armurier français MBDA, leader européen dans la conception de missiles et de systèmes de missiles, déjà client de NanoXplore, et l’autre moitié, du Fonds Innovation Défense, souscrit par l’Agence de l’innovation de défense et géré par Bpifrance. Si l’entreprise explique avoir investi 120 millions d’euros depuis 2013, en fonds propres ou par la dette, il s’agit de sa toute première levée de fonds externe, le capital ayant exclusivement été détenu par ses fondateurs, au sein d’une structure familiale. En forte croissance, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros en 2025 – trois de plus que l’année précédente –, et compte le doubler en 2026, sur un marché adressable total, selon les dirigeants, de 200 millions d’euros pour le spatial en Europe, et de 500 à 600 millions d’euros pour la défense. Cette levée de fonds, selon les dirigeants, vise notamment à « accélérer la diversification de NanoXplore du spatial vers la défense en développant une nouvelle génération de composants spécifiquement orientés pour ces usages (FPGA sécurisés, très basse consommation) et en adaptant les technologies existantes aux besoins des systèmes terrestres, aériens et navals ».

De plus, NanoXplore souhaite s’émanciper de la réglementation américaine ITAR (International Traffic in Arms Regulations), cette réglementation conférant aux États-Unis le droit de bloquer l’exportation d’un équipement complet, comme un satellite, un avion, ou encore un missile vers un pays tiers, dès lors qu’il contient un seul composant électronique d’origine américaine et soumis à l’ITAR. En garantissant que ses composants sont 100 % européens, NanoXplore est « ITAR-free », ce qui permet à un constructeur comme Airbus ou Thales de vendre leurs satellites à n’importe quel pays sans demander l’autorisation à Washington, un gage de liberté commerciale et politique. En revanche, si NanoXplore conçoit les puces et les fait fabriquer actuellement en France par la multinationale franco-italienne STMicroelectronics, elle se voit contrainte de travailler avec le fondeur taïwanais TSMC, qui possède les seules usines au monde capables de produire des puces à la finesse de gravure requise (voir La rem n°69-70, p.71). Mais, à choisir entre une dépendance géopolitique vis-à-vis des États-Unis ou une dépendance industrielle vis-à-vis de Taïwan, les dirigeants ont tranché : « On atteint les limites de ce qu’on peut faire [en France] et l’explosion de la performance dans les satellites va nous imposer d’aller sur des technologies taïwanaises malheureusement. » Après des décennies de désindustrialisation, relocaliser ce type d’usine demanderait des investissements colossaux, supérieurs à 10 milliards d’euros.

Sources :

  • Gallois Dominique, « NanoXplore, spécialiste de l’électronique de l’industrie spatiale, met un pied dans la défense », lemonde.fr, 13 novembre 2024.
  • Nedbaeva Olga, « NanoXplore, l’“Astérix” contre “l’empire américain” des puces, se lance dans la défense », AFP, tv5monde.com, 17 décembre 2025.
  • French Web, « Du spatial à la défense, NanoXplore change d’échelle avec une levée de 20 millions d’euros », frenchweb.fr, 17 décembre 2025.
  • Agence de l’innovation de défense, « NanoXplore lève 20 millions d’euros auprès du Fonds innovation défense et de MBDA au service de la souveraineté stratégique européenne », defense.gouv.fr (AID), 18 décembre 2025.
  • Lyan Marie, « Satellites, missiles : ces puces uniques en Europe qui veulent redistribuer les cartes », latribune.fr, 19 décembre 2025.
  • Lyan Marie, « Ces puces uniques en Europe qui veulent redistribuer les cartes », latribune.fr, 20 décembre 2025.