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Mediawan et Banijay se renforcent sur le marché anglo-saxon

En s’emparant de North Road, Mediawan s’installe définitivement sur le marché américain. De son côté, Banijay fusionne avec All3Media et s’impose comme l’un des principaux producteurs indépendants sur les marchés anglo-saxons.

Le marché de la production audiovisuelle en 2026 n’est pas aussi flamboyant qu’en 2022, année du « peak TV », quand toutes les plateformes de streaming vidéo commandaient en urgence des séries pour alimenter leurs catalogues. Entre 2022 et 2026, les commandes de fictions ont ainsi baissé de 25 % dans le monde selon Ampere Analysis. Depuis, la concurrence entre les services de streaming vidéo a souligné combien il est difficile pour certains d’entre eux de s’imposer, l’effet de taille étant très important dans les modèles d’affaires. Un grand nombre d’abonnés permet d’amortir les programmes coûteux, lesquels servent ensuite à attirer de nouveaux abonnés et à fidéliser les anciens, tout ceci en limitant la hausse du prix des abonnements. Dès lors, les plus petits acteurs finiront par être absorbés par les plus gros, ou se réuniront pour devenir gros à leur tour : Disney a pris le contrôle de Hulu (voir La rem n°68, p.69) ; Netflix a tenté de s’emparer de HBO qui a rejoint finalement Paramount (voir La rem n°76, p.76). Canal+, de son côté, a pris le contrôle de MultiChoice (voir La rem n°75, p.56).

Parce qu’un oligopole émerge du côté des plateformes de streaming vidéo, les producteurs sont contraints de négocier avec des géants, en nombre limité, qui imposent largement leurs conditions. En effet, fragilisée partout dans le monde, la télévision n’est plus un contrepoids aussi puissant aux demandes des plateformes, si on compare aux années 2010 où Netflix existait déjà, mais les autres plateformes pas encore, sauf sous forme de projets (la plupart des plateformes issues des « majors » ont été lancées à la fin des années 2010 et au début des années 2020 : Disney+ en 2019, HBO Max et Peacock en 2020, Paramount+ en 2021 – voir La rem n°54, p.44).

Pour s’assurer d’un plus grand pouvoir de négociation face aux géants mondiaux du streaming, les producteurs de séries et d’œuvres audiovisuelles parient sur la consolidation du marché afin de disposer à leur tour d’une taille critique. Toutefois, dans la production, les conditions de marché sont très différentes. Une grande partie des studios est, en effet, directement contrôlée par les éditeurs de services de streaming vidéo : Paramount+ est lié à Skydance (voir La rem n°75, p.93), qui possède le studio éponyme et qui est en passe de fusionner avec Warner-HBO ; Amazon contrôle Prime Video et la MGM (voir La rem n°59, p.69) ; Disney a fondé son empire sur ses studios avant de s’aventurer dans la distribution de leurs contenus à la télévision, puis en streaming, et il s’est emparé aussi d’une autre major, la Fox, en 2019 (voir La rem n°48, p.73) ; enfin Netflix a développé ses propres studios. Les autres producteurs, ceux dits « indépendants », parce que non contrôlés par les distributeurs, qu’il s’agisse de chaînes ou de services de streaming, ont donc un statut à part sur le marché. Ce sont eux qui apportent aux services de streaming le surplus d’œuvres qui leur permet d’enrichir leur catalogue et de se distinguer de la concurrence.

Pour répondre à ce besoin des distributeurs, qu’il s’agisse des plateformes de streaming vidéo et de plus en plus de YouTube et des réseaux sociaux, les producteurs indépendants doivent désormais disposer d’une taille mondiale. En effet, leurs nouveaux acheteurs sont des acteurs présents à l’échelle planétaire et, même les chaînes de télévision, acteurs nationaux par excellence, privilégient de plus en plus les coproductions internationales afin de disposer de budgets plus importants pour leurs films et séries. À la concentration dans la distribution s’ajoute une concentration dans la production indépendante qui favorise notamment l’internationalisation des groupes déjà bien installés. Ce phénomène s’est récemment constaté en France avec deux acteurs indépendants majeurs, Mediawan et Banijay, qui ont renforcé leur présence sur les marchés anglo-saxons.

Le 30 janvier 2026, le groupe Mediawan a annoncé le rachat du producteur américain North Road Company. C’est la deuxième acquisition structurante de Mediawan aux États-Unis après le rachat, en 2022, du studio créé par Brad Pitt, Plan B Entertainment. Mais, cette fois-ci, l’ensemble racheté dispose d’une taille bien plus conséquente. Même si North Road Company n’a été fondé qu’en 2022, son créateur, Peter Chernin, l’ancien PDG de Fox Group, a très vite réuni plusieurs studios sous une même structure et il a développé notamment les contenus dits « non scénarisés », c’est-à-dire une partie de la télé-réalité, mais surtout les shorts qui prolifèrent sur YouTube et les réseaux sociaux. Cette expertise complète l’offre de Mediawan, qui vient plutôt de la production classique, pour la télévision et les services de streaming. Enfin, le rachat de North Road Company donne à Mediawan une taille planétaire. North Road est, certes, présent sur les cinq continents, et il installe définitivement Mediawan sur le marché américain, le premier au monde pour la production audiovisuelle. Alors que Mediawan avait déjà un tiers de sa production en anglais, ce pourcentage devrait monter à terme à 50 %, de quoi répondre aux demandes des plateformes américaines de streaming sur leurs principaux marchés. Au total, le nouvel ensemble réunira, selon le communiqué de Mediawan, « 100 sociétés de production représentant un volume annuel de plus de 2 milliards d’euros dans 15 pays ».

De son côté, Banijay a mené, le 3 mars 2026, une opération plus importante par les montants engagés, cette fois-ci avec un producteur britannique, All3Media. Cette société de production est détenue par le fonds RedBird IMI, présent aussi au capital de Skydance-Paramount. Elle est l’un des plus grands producteurs audiovisuels britanniques et en langue anglaise. Elle avait déjà été approchée en 2023 par Banijay et Mediawan quand ses deux actionnaires d’alors, Warner et Liberty Global, avaient cherché à s’en séparer. Finalement RedBird IMI s’imposera et rachètera All3Media en 2024 pour 1,15 milliard de livres (1,3 milliard d’euros). Mais le marché s’est tendu depuis et la course à la taille a conduit RedBird IMI à accepter un partenariat avec Banijay, qui s’assimile en fait à une prise de contrôle.

Banijay est un acteur de la production audiovisuelle et des paris en ligne. Il ne rachète donc pas All3Media pour l’inclure dans cet ensemble. L’opération entre partenaires conduit Banijay à externaliser ses activités de production (Banijay Entertainment) pour les fusionner dans une nouvelle structure avec All3Media. La nouvelle structure, codétenue par Banijay et RedBird IMI, conservera le nom Banijay et sera dirigée par les équipes de Banijay. C’est que Banijay est bien plus gros et représente 75 % du nouvel ensemble. Pour parvenir à une structure détenue à 50-50, RedBird IMI va reverser 625 millions d’euros à Banijay Group, et Banijay Entertainment recueilllera par ailleurs 171 millions d’euros de dividende, ce qui donne à Banijay Group les moyens de poursuivre son entreprise de consolidation du marché de la production audiovisuelle et des paris en ligne.

Le nouvel ensemble représente un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros et renforce la présence de Banijay sur les marchés anglo-saxons. En effet, All3Media, avec un chiffre d’affaires de 895 millions de livres en 2024, réalisait 40 % de celui-ci au Royaume-Uni et aux États-Unis avant la fusion avec Banijay Entertainment. Comme dans l’opération menée par Mediawan, le rapprochement entre Banijay Entertainment et All3Media permet à Banijay d’acquérir aussi des compétences dans la production destinée à YouTube et aux réseaux sociaux. All3Media contrôle, par exemple, DotStudio, qui est spécialisé dans ces formats et dirige notamment la chaîne YouTube de la Fifa.

Pour Banijay, ce segment de la production audiovisuelle ou de « contenu » devrait fortement se développer à l’avenir, comme le streaming vidéo de séries s’est développé dans les années 2020. Il devient donc de plus en plus stratégique pour les groupes de production, ce qui conduit également Banijay à investir directement auprès des créateurs de contenu. Le 21 avril 2026, Banijay a ainsi racheté au youtubeur français Squeezie les droits d’adaptation pour le monde d’un défi lancé sur YouTube en septembre 2025, dans une vidéo baptisée « Qui réussira à stopper le train ? ». Dans cette vidéo, des créateurs de contenu doivent réaliser des épreuves dans un train lancé à pleine vitesse… C’est du « Ninja Warrior » adapté à YouTube et aux stars des réseaux, ce qui tombe bien, car Banijay produit déjà « Ninja Warrior », un concept qu’elle a décliné dans le monde entier, comme elle le fera avec la vidéo de Squeezie sous le nom « Stop the train ».

Sources :

  • « Mediawan rachète le studio audiovisuel NorthRoad, un grand nom de Hollywood », Les Échos,
    2 février 2026.
  • Nepipvoda Théo, « Avec le rachat de North Road Company, la moitié des contenus de Mediawan pourraient être en anglais », ecran-total.fr,
    14 février 2026.
  • Vairet Florent, « Banijay s’allie à All3Media pour devenir un leader de la production audiovisuelle », Les Échos, 4 mars 2026.
  • Benedetti Valentini Fabio, « Séries : les recettes des producteurs pour s’adapter à un marché sous tension », Les Échos, 23 mars 2026.
  • Alcaraz Marina, « Banijay vise le cap des 10 milliards de revenus en 2029 », Les Échos, 27 mars 2026.
  • Woitier Chloé, « Banijay acquiert les droits d’adaptation d’une vidéo YouTube de Squeezie »,
    Le Figaro, 22 avril 2026.