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En Italie, La Repubblica et La Stampa changent de mains

Exor se retire de la presse italienne et cède ses activités au grec Antenna, plutôt qu’à une autre famille italienne, considérant que la presse n’a pas à être financée par des industriels, mais par ses lecteurs, si elle veut rester indépendante. Mais Antenna ne voulait pas de La Stampa, qui est reprise par l’éditeur de presse locale SAE.

John Elkann, l’héritier Agnelli, a pris la tête de la holding familiale Exor en 2008, dont les activités vont de l’automobile (Stellantis) à la presse, avec une participation minoritaire dans Gedi, le groupe qui contrôle deux des trois principaux quotidiens italiens, La Repubblica et La Stampa. Très rapidement, John Elkann va investir dans la presse, même si ces activités restent marginales en termes de chiffre d’affaires pour Exor. Il va investir dans The Economist en 2015 et, en Italie, va s’emparer de Gedi, en deux temps, entre 2015 et 2019, après que la famille de Benedetti a décidé de s’en séparer. L’industriel et financier devient alors « un homme de presse » qui compte encore plus dans le paysage italien. Son objectif a été de faire de la presse et des médias un vrai pôle de profitabilité, notamment en organisant leur développement dans l’univers numérique. Ce sera un échec, ce que reconnaîtra John Elkann quand il annoncera la cession de Gedi en décembre 2025 : « Nous avons échoué dans notre transition digitale. »

Il en tire alors toutes les conséquences : face aux plateformes qui aspirent les recettes publicitaires en ligne, et alors que la vente des quotidiens papier est orientée à la baisse, seule l’acquisition d’une taille critique permettra à la presse et aux autres médias de Gedi, dont des radios très puissantes en Italie, comme Deejay, d’espérer retrouver la rentabilité. Gedi n’a donc plus sa place dans la holding familiale et il doit être cédé à un groupe disposant de cette taille critique.

En 2024, derniers chiffres connus avant l’annonce de la cession, Gedi a réalisé un chiffre d’affaires de 386 millions d’euros pour une perte de 45 millions d’euros, ce qui en fait un « petit » groupe. Outre La Stampa et La Repubblica, Gedi contrôle le HuffPost en Italie, l’édition italienne du National Geographic, et trois radios : Radio Deejay, M2O et Radio Capital. Ce sont ces trois radios qui ont intéressé le groupe grec Antenna. Le 12 décembre 2025, il est entré en négociations avec Exor pour racheter Gedi. Antenna entend faire émerger un groupe méditerranéen de radio, voire de télévision, sans exclure d’autres opérations en Italie. L’annonce a fait débat en Italie, d’abord parce que le contrôle des journaux passe sous capitaux étrangers, majoritairement grecs, mais aussi saoudiens, puisque MBC Group, le groupe audiovisuel de la famille royale, est présent à hauteur de 30 % dans le capital d’Antenna. Ensuite, parce que la vente de Gedi a été perçue comme un abandon de la presse par John Elkann. Ce dernier a rompu avec la logique des grandes familles italiennes, soucieuses de leurs responsabilités « politiques » dans la péninsule, pour privilégier une approche plus pragmatique. Ainsi, John Elkann a fait savoir par son entourage, selon Le Figaro, que « la presse est un métier qui doit être rentable pour qu’elle reste indépendante, en s’appuyant sur ses seuls lecteurs, et non un instrument subventionné par d’autres activités ». Exor n’a donc pas vocation à sauver Gedi de ses difficultés, d’autant plus que les deux quotidiens, ancrés à gauche, ne sont pas un atout dans l’Italie de Giorgia Meloni. D’où le choix d’Antenna, qui repose sur des considérations économiques, Antenna disposant de la taille critique nécessaire avec une vingtaine de chaînes de télévision, une présence en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Et le choix aussi d’avoir ignoré une offre concurrente, celle de Leonardo Maria Del Vecchio, le fils du fondateur d’un autre géant italien, Luxottica, qui proposait 140 millions d’euros pour Gedi, comme Antenna. En Italie, le pragmatisme économique ne l’a pas emporté et le débat politique s’est concentré sur la cession des quotidiens, alors que l’arrivée d’Antenna dans la péninsule concerne d’abord l’audiovisuel. D’ailleurs, pour que la cession aboutisse, Exor a dû trouver un autre repreneur pour La Stampa, le titre n’intéressant pas Antenna.

Le 4 mars 2026, Gedi a annoncé avoir signé un contrat préliminaire de cession de La Stampa au groupe d’édition italien SAE, présent notamment dans la presse locale. Le 23 mars 2026, le rachat définitif de Gedi par Antenna a été confirmé, mettant fin à l’aventure d’Exor dans la presse italienne. La Repubblica, le numéro deux de la presse italienne derrière le Corriere della Sera, va commencer une autre vie, puisque Antenna entend renforcer l’audience internationale du titre.

Sources :

  • Segond Valérie, « En vendant La Repubblica, John Elkann acte son retrait des médias italiens », lefigaro.fr, Dow Jones, 13 décembre 2025.
  • Tosseri Olivier, « La famille Agnelli prête à vendre ses quotidiens italiens à un armateur grec », Les Échos, 16 décembre 2025.
  • « En Italie, le groupe Gedi vend le quotidien national La Stampa », lefigaro.fr, AFP, 4 mars 2026.
  • « Antenna Group announces the acquisition of Gedi Gruppo Editoriale », communiqué de presse, Antenna Group, March 23, 2026.
  • Biondi Andrea, « La Repubblica, agreement reached by Gedi for sale to the Antenna Group », ilsole24ore.com, March 23, 2026.