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Rapport de contre-enquête sur l’audiovisuel public, tout ce que le rapport Alloncle passe volontairement sous silence

L’investigation de service public, un contre-pouvoir sans équivalent

En avril 2026, après plusieurs mois de travaux sous haute tension de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, les députés ont adopté – à 12 voix pour et 10 voix contre – la publication d’un rapport de 551 pages sur l’audiovisuel public, dont le député Charles Alloncle a été le rapporteur. Ces travaux avaient été lancés à la demande de l’UDR (Union des droites pour la République) – parti politique d’extrême droite fondé en 2012 par Éric Ciotti, dorénavant allié du Rassemblement national –, à la suite des accusations de proximité des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen envers la gauche. La Société civile des auteurs multimédia (Scam) – composée de documentaristes, de journalistes, d’écrivains, de traducteurs ou encore de photographes – est une société de gestion collective des droits d’auteur, qui représente 59 000 membres auprès des producteurs, des éditeurs et des pouvoirs publics. Dans le même temps que le rapport Alloncle, la Scam a rendu publique une contre-enquête visant à mettre en lumière « tout ce que le rapport Alloncle passe volontairement sous silence ».

Pour les auteurs de la contre-enquête, « les angles d’attaque retenus contre le service public français sont, mot pour mot, ceux qui ont conduit depuis 2025, aux États-Unis, au démantèlement d’une partie de l’écosystème des médias publics (PBS, NPR, CPB) ». La manière dont se sont déroulées les auditions est révélatrice de cette méthode : « s’arrêter sur des points très précis, à la limite de l’anecdotique, afin de nourrir la thèse préétablie selon laquelle le Service public de l’audiovisuel coûterait trop cher, serait mal géré, confisqué par des “favorisés” et biaisé dans l’exercice du pluralisme », et où « seuls les éléments à charge ont été retenus et répétés dans les interventions médiatiques du rapporteur ». Sans être un « plaidoyer complaisant » pour le service public, le rapport de contre-enquête s’organise en quinze chapitres répartis en deux parties et commence par rappeler « des principes du Service public de l’audiovisuel, son histoire et le contexte dans lequel la commission d’enquête a vu le jour », puis s’attache à révéler ce que « la commission Alloncle n’a pas dit », avant de proposer dix conclusions étayées à partir de 150 sources publiques, parmi lesquelles la Cour des comptes, l’Arcom, le Sénat, le Conseil constitutionnel, Médiamétrie ou encore le CNC.

Les auteurs du rapport s’attachent en particulier à analyser, au chapitre 10, combien l’investigation de service public est un contre-pouvoir sans équivalent. Le journalisme d’investigation audiovisuel français repose presque entièrement sur le service public, et trente-deux des trente-six prix Albert-Londres audiovisuels décernés depuis 1989 ont été produits ou diffusés par des médias publics. Aucune radio privée ne finance de cellule d’investigation structurée. Aucune chaîne commerciale gratuite ne produit d’émission hebdomadaire comparable en termes d’impact sociétal. Radio France est la seule radio française à disposer d’une cellule d’investigation permanente, au sein de laquelle douze journalistes mènent des enquêtes de plusieurs mois, avec un dispositif multisupport allant du grand format mensuel « Révélations » aux podcasts natifs, tandis que RTL, RMC ou Europe 1 n’ont rien d’équivalent. Et les résultats sont bien concrets, comme l’alerte nationale sur les PFAS dans l’eau du robinet, les révélations sur les filtrations non conformes de Perrier et de Nestlé Waters, l’enquête sur les airbags Takata ayant déclenché des rappels massifs chez les grands constructeurs automobiles, les révélations #MeToo à Air France ayant conduit à une convocation ministérielle, ou encore la mise au jour de fraudes contre l’assurance maladie.

Sans équivalent dans le privé, l’utilité publique de ce journalisme ne fait aucun doute. France Télévisions porte, pour sa part, deux piliers de l’investigation télévisée : « Complément d’enquête » depuis 2001 et « Cash Investigation », produit par Élise Lucet, depuis 2012, dont les enquêtes ont régulièrement provoqué des décisions politiques et des changements législatifs, sur les pesticides, l’amiante, le lobbying agroalimentaire ou les conditions de travail dans la grande distribution. En 2025, son enquête sur les activités périscolaires parisiennes a conduit la Mairie de Paris à des mesures concrètes, sous pression nationale. « Complément d’enquête », lui, s’inscrit dans les grands consortiums internationaux – Panama Papers, Pegasus Project, Forbidden Stories –, et traite de sujets que les médias commerciaux sous contrainte économique ne peuvent pas se permettre d’explorer, notamment les ingérences étrangères, telles que les crimes de guerre ou la surveillance d’État. Face à ce dispositif, le secteur privé fait pâle figure. TF1 et M6 proposent des formats magazine, pas d’investigation à proprement parler. Les chaînes d’information en continu privilégient les talk-shows. Quant aux radios privées, elles ne disposent d’aucune émission dédiée. Supprimer le service public audiovisuel, ce serait donc supprimer la quasi-totalité du contre-­pouvoir journalistique audiovisuel français. Ce ne serait pas une réforme, mais une amputation, une ligne politique toutefois parfaitement assumée par Marine Le Pen et l’extrême droite française.

Rapport de contre-enquête sur l’audiovisuel public, tout ce que le rapport Alloncle passe volontairement sous silenceSociété civile des auteurs multimédia (Scam), 24 avril 2026.